Le Vélo de Micha
« Do you have a computer ? For the photos on my phone. » Micha parle un anglais correct, suffisant pour échanger quelques mots sur le trottoir devant le collège où nous servons ce soir. Le pauvre ne peut pas imprimer les images qu’il prend avec son téléphone. Je lui rends le sourire en assurant que c’est possible chez moi. Pour gagner quelque argent, il vend parfois sur les marchés des angelots repeints à la bombe. Améliorer le décor, c’est ce qu’il fait ce soir grâce à son vélo : l’engin est en effet équipé d’une véritable sono portative. Le cornet antique visible sur la photo crache une musique wagnérienne, ajoutant au surréalisme au quotidien des distributions de rue. Les plus jeunes de nos collègues féminines dansent sur les notes, le cercle se forme autour de l’attraction éphémère. La prochaine fois, dans le registre délirant, je parlerai d’ailleurs de « Dieu », Franck de son prénom, doux dingue souriant. Hors de question pour Micha de vendre son vélo malgré les propositions, dans sa situation il faut de la volonté. En plus, sa mascotte est un petit ours métallique fixé sur le cadre. Et l’ours Micha est un des symboles russes.


