Extension du domaine de l’aide : les colis alimentaires à Nice

Pour élargir le débat, notre rédac’-chef de soupesdenuit.com me demande de raconter la distribution des colis alimentaires. Un complément bienvenu à l’aide apportée dans la rue, dans une ambiance plus… feutrée. Durant deux heures et parfois plus, le capitaine Joël Etchéverry reçoit un nombre important de familles, séparé de la salle par une sorte de parloir. Est demandé en effet, avec des détails mais sans paperasses cependant, l’état des ressources des demandeurs. L’originalité est que les bénéficiaires s’engagent symboliquement sur un certain nombre de points, notamment « éviter de gaspiller » et « accepter de partager ». Le réseau social niçois, quant à lui, dont le poste salutiste fait partie intégrante, s’engage par exemple à fournir des repas équilibrés, dans la mesure des moyens disponibles.

Le plus de cette journée hebdomadaire est l’accueil. D’autres organismes, que je ne citerai pas mais que j’ai testé - eh oui, j’ai eu des périodes difficiles aussi - se contentent de fournir un sac : bonjour, au revoir. Ici la salle est garnie de fauteuils confortables, que l’on est autorisé à occuper à volonté, en patientant avant l’entretien avec Joël certes, mais aussi après. Un commando de mamies bénévoles, aux petits soins, sert café, thé et viennoiseries. Je reconnais Daniel, un gaillard habitué des repas de rue. En mauvaise santé mais toujours à la recherche de blagues. On lui pardonne quand elles sont nulles, on le lui dit, et on se marre ensemble. Une jolie jeune femme un peu à l’ouest, débarquée de Paris, me fait face. Une autre habituée des soupes en plein air dort sur un fauteuil à ma gauche, sous une couverture, et l’idée ne viendrait à quiconque de l’en déloger. D’autres personnes encore, appréciant cette étape. Un moment d’oasis.
De l’autre côté du grand rideau s’agitent les retraités, il s’agit de confectionner les deux cent sandwichs distribués ce soir avec la soupe. Un bonnet blanc de cuisinier sur la tête, chacun connaît son boulot, ils ont la pêche, le spectacle fait plaisir à voir. La mère d’une aide-soignante en clinique confie à Joël qu’à sa fille est reproché d’être trop… humaine. Remarque parfaitement en phase avec la volonté de sabrer les budgets des hôpitaux en France. Je suis hors-sujet ? Pas du tout, un bon nombre de cas psychiatriques se retrouvent bénéficiaires des différents secours sociaux : normal, ils ne sont pas « dangereux », d’après les termes officiels. La jolie jeune femme citée plus haut en fait partie.

