Les travailleurs pauvres
Depuis plusieurs années, nous remarquons de plus en plus de « travailleurs pauvres » qui viennent aux Soupes de Nuit. Des personnes qui ont un travail mais éprouvent de grandes difficultés à terminer le mois ou même à le commencer. Des personnes pour qui la Soupe de Nuit représente beaucoup.
Jean-Paul en fait partie. Il a 39 ans… Eternel jeune homme, il en paraît 10 de moins.
Bénéficiaire des soupes de nuit depuis environ un an il nous explique sa situation :
« Le matin, je me lève a 06.00, je pars à 06.30 à peu près, j’arrive à mon travail vers 07.20. Je n’ai pas d’abonnement de bus ou de métro, parce que ça coute trop cher pour moi alors je fais tout à pied. (environ 5 kilomètres)
J’attends le patron qui arrive souvent en retard… Au lieu de 07.30, il arrive vers 07.40, prend son café et ensuite on commence…
Je décharge le camion, après j’installe les bancs, les tréteaux, après on met tout ce qui va sur les étales. Ensuite je reste un moment pour éplucher les haricots verts jusqu’à 09.15
Et enfin, je pars pour aller déjeuner chez les Sœurs de Saint Jean… j’y reste jusqu’à 11.00 et ensuite je retourne au marché jusqu’à midi pour ranger.
Je travaille donc 4 heures par jour du mardi au dimanche.
En ce qui concerne mes conditions financières, je gagne environ 600 € par mois avec mon travail. J’ai le droit à une aide au logement de 168 € par mois.
Avec le loyer qui coûte environ 400 €, il me reste 370 € par mois pour vivre.
Alors forcément, les soupes de nuit, ça m’aide beaucoup. »
Je lui demande :
« Et toi tu en penses quoi de cette situation ? »
Jean-Paul me répond :
« Moi, je ne me plains pas. Tant qu’il y a les aides à côté, l’Armée du Salut, les Restos du Cœur, j’arrive à m’en sortir
Il y en a d’autres qui sont pire que moi, tu vois
Moi, j’ai la chance de ne pas être à la rue
Je plains ceux qui vivent dans la rue tout le temps, qui ont froid, qui n’ont pas grand chose à manger. »
Jean-Paul, en fait, c’est un remède contre la morosité …
On peut vivre comme lui avec 10 € par jour et penser qu’on est privilégié. On peut avoir des conditions de travail très difficiles et s’estimer heureux.
Il est toujours d’humeur égale, calme, posé. En fait j’admire sa solidité intérieure.
Quoiqu’il arrive, il n’oublie pas de regarder les plus faibles, les plus pauvres, les plus démunis. Et si quelqu’un a moins que lui, il va lui donner ce qu’il a.
On peut ne pas avoir grand chose et se considérer comme ayant beaucoup. Tout dépend du point de vue qu’on a sur soi-même … Et surtout de sa capacité à observer ce qui se passe autour de soi.

