Archive du septembre 3rd 2009

Une bénévole inattendue

Un soir de tournée, nous avons eu une bénévole un peu spéciale. On nous a annoncé qu’une conseillère municipale souhaitait participer aux Soupes de Nuit pour voir, « de l’intérieur », notre activité et les publics que nous touchons. Cette démarche est peu courante car cette personne aurait pu se contenter d’une présentation orale de nos activités et d’un rapport concernant nos publics. Non, elle a voulu se rendre compte par elle-même.

On lui demande de s’occuper des gens défavorisés, elle veut voir comment vit ce public, qui ils sont, avant de prendre des décisions.

Vous imaginez un Ministre de l’Intérieur, qui viendrait passer une nuit en Centre de Rétention Administratif pour se rendre compte des conditions de vie et des besoins de ses occupants ?
Il est difficile d’être plus concret, pragmatique et courageux. Et après une telle expérience, on mesure certainement mieux la portée de ses décisions.

Nos bénéficiaires n’y ont vu que de feu…
Pour eux, il s’agissait d’une nouvelle bénévole, grande, élégante et serviable.
Mais pour ceux qui savaient, on pouvait voir une certaine conception de l’action politique.

Comme s’ils s’étaient donné le mot, les bénéficiaires sont venus encore plus nombreux que d’habitude. Il est vrai que la relative clémence des températures incitait plus à sortir dehors ce soir là. Le coup de feu étant passé, nous sommes allés dans la gare à la rencontre de personnes dont l’état physique ne leur permet pas de venir jusqu’à nous…

Nous sommes tombés sur Alejandro, un espagnol ne parlant pas bien le français et qui ne connaissait pas les Soupes de Nuit. Après lui avoir donné un colis et expliqué que nous étions là tous les soirs, nous avons appelé le 115 car il souhaitait savoir s’il restait des places au chaud quelque part.
Coup de chance… Des places sont disponibles… Son nom est donné et il faut maintenant lui expliquer où se trouve le foyer.

J’avais bien un stylo, mais pas de papier. Mon équipier prestigieux lui, au plutôt elle, ne possédait que des papiers plus ou moins officiels… Mais c’était pour la bonne cause, alors Madame l’élue, sans hésiter, a déchiré un bout d’un courrier afin que je puisse noter les explications.
C’était très symbolique… Le politique qui travaille main dans la main avec l’associatif pour trouver un abri a quelqu’un qui dort dehors. Bien sur cela se fait régulièrement dans des réunions, des commissions, des colloques… Mais quand c’est sur le terrain, ça prend tout de suite une autre dimension parce qu’on voit concrètement les fruits du travail accomplit.

Quelques jours plus tard, j’ai demandé à notre bénévole inattendue ce qu’elle pensait de cette soirée et ce que cela lui avait apporté. Voici son témoignage :

« Tout d’abord vous remercier de votre accueil au sein de votre association. Vos explications m’ont tout de suite fait comprendre la démarche des bénévoles étonnés peut être de me voir arriver. Chacun sa vie, chacun son engagement, un échange amical de prénom et un départ vers des lieux bien identifiés.

En premier la Part Dieu avec une bonne organisation face à un public très divers : tous les âges, chômeurs, retraités, Sdf, hommes et femmes.

On voit des habitués, d’autre moins connus mais pour chacun : un contact, un regard, un sourire, une patience pour donner un bol de soupe.

On répond à des attentes ; on distribue un petit complément de nourriture pour tenir ; on annonce la venue de la Croix Rouge pour les soins et de Vestibus pour les vêtements. Puis départ vers Perrache où l’on retrouve les mêmes publics et là beaucoup de jeunes. On répond à tous de la même manière, à celui qui ne parle pas, à celui qui en veut plus…
Et pour finir des questions :

- Comment faire au-delà de toutes ces actions sur le terrain pour comprendre la personne, pour l’aider dans son chemin de vie, pour améliorer sa condition de vie ?
- A quel moment y a-t-il eu une rupture dans sa vie pour qu’il se retrouve à la rue ?
- Vers quelles aides doit-on s’orienter afin de répondre à sa demande ?
- Comment arriver à assurer un suivi individuel et personnel pour donner une vraie réponse sociale ?

Pour certains c’est un choix pour d’autres une fatalité mais pour tous c’est une souffrance et une désespérance, comme celui que l’on retrouve assis par terre vers le TRAM qui ne peut pas se relever, qui pleure et qui dit qu’il n’en peut plus… »

Si un jour je dis aux gars que c’est la conseillère municipale chargée des déplacements et de la tranquillité publique qui les a servi … Ils ne me croiront pas. Une fois l’étonnement passé, cela leur réchauffera le cœur de savoir que certains politiques s’intéressent aussi à leurs conditions de vie.

Si l’aventure tente d’autres personnes, élus ou non, vous êtes les bienvenus…