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La Tour de Babel

Connaissez-vous l’origine des langues ? Non ? Moi non plus…

Ah, si, je connais une histoire qui est écrite dans la Bible. Celle de la tour de Babel.

A l’origine, tous les hommes parlaient la même langue. Il n’y avait pas de barrière pour communiquer entre eux, où qu’ils se trouvent.
Un jour, certains décidèrent de construire une ville et une tour qui s’élève jusqu’au ciel pour se faire un nom. Dieu, voyant que les hommes ne se concentraient que sur leur ouvrage décida de mettre un terme à leurs ambitions et brouilla leur langage.

Ne pouvant plus communiquer entre eux, les hommes cessèrent de construire la tour et se dispersèrent sur la terre.

Depuis ce jour là, tout le monde ne parle pas la même langue.

Beaucoup de nationalités et de langues se côtoient dans le gymnase. On trouve des français, des portugais, des espagnols, des marocains, des algériens, des russes, des congolais, des zaïrois, des afghans…
Parmi tous ces hommes venus d’un peu partout de la planète, un homme a retenu un peu plus mon attention.
Avec sa petite moustache, sa toque sur la tête et son pantalon large, il ressemble à un cosaque d’un autre âge, tout droit sorti de docteur Jivago.

Un soir alors que je remplace quelques instants le travailleur social parti prendre un café, j’entends quelqu’un qui parle dans mon dos.
Or il n’y a rien dans mon dos… Si ce n’est un mur et un couloir qui donne sur les issues de secours.
Pourtant, en tendant l’oreille, je continue à entendre un léger chuchotement. Intrigué, je profite d’un moment plus calme pour aller voir ce qui se passe.

Au bout du couloir, je vois la silhouette d’un homme qui porte une toque et un pantalon large. Il se tient droit, les mains croisées au niveau du ventre et fait face à un tapis de prière orienté au sud-est. Je comprends immédiatement qu’il est en train de faire sa prière.
Je suis étonné parce que je pensais que cet homme était plutôt d’origine russe et ne parlais pas l’arabe. Mais ne dit-on pas que l’habit ne fait pas le moine ?

Je m’éclipse sur la pointe des pieds et retourne dans le gymnase.

Un moment plus tard, je vois notre cosaque en grande discussion avec plusieurs personnes. En grand mouvement serait plus exact car il parlait autant avec ses mains qu’avec sa bouche.

Bien décidé à percer ce mystère d’un homme que je pense russe qui parle arabe le temps d’une prière puis avec les mains ensuite, j’appelle Mohand un marocain que je vois régulièrement parler avec lui afin qu’il traduise et m’explique.

- « Bonjour, je m’appelle Jean-Philippe, et toi ? »
- « Azim »

Je lui demande :
- « Quelle langue parles-tu ? »
Il me répond :
- « Le russe »
Moi étonné :
- « Mais alors comment fais-tu pour la prière ? »
Je rajoute :
- « Salat »
Ce mot signifie prière, je le connaissais. En même temps je mets mes mains sur ma poitrine et j’incline ma tête en avant comme je l’avais vu faire.

Alors en se penchant vers moi et en m’adressant un grand sourire, il se met à réciter la Fatiha (l’équivalent chez les musulmans du Notre-Père des chrétiens)

Je n’en reviens pas. Cet homme ne connait pas l’arabe et il a pourtant appris par cœur des prières afin de pouvoir pratiquer sa religion.

Très heureux de l’effet qu’il produit, il continue 1 sourate, puis 2, puis 3, il est intarissable.

Son visage rayonne, on voit qu’il est vraiment heureux.

J’ai entendu dire que lorsque plusieurs personnes se réunissent pour parler de Dieu, Il est présent au milieu d’elles. Je ne sais pas si Dieu était présent ce soir là, mais je sais que j’ai assisté à un moment magique.

Azim qui ne parlait pas arabe récitait des prières dans une autre langue que la sienne avec ses compagnons autour de lui qui le reprenaient de temps en temps. Tout le monde le regardait et l’écoutait.

Ces hommes venaient tous du froid glacial de la rue. Ils savaient que dans quelques heures, ils y retourneraient. Malgré cela, ils se sont retrouvés, tous ensemble, souriants, dans la chaleur du gymnase.

Ils ont surmonté la barrière de la langue pour échanger, rigoler et s’encourager. Ils se sont donné rendez-vous pour des démarches, deux d’entre eux sont devenus inséparables.

Ce soir là, j’ai vu des hommes reconstruire la Tour de Babel.

Et en même temps ils ont commencé à se reconstruire.

Soupes de nuit au gymnase

Février 2010. Les températures continuent de baisser sur Lyon et la neige tombe abondamment.

Nous avons déjà connu un tel épisode neigeux en janvier. Je me rappelle d’une maraude avec le Samu Social de la Croix-Rouge au cours de laquelle le 115 nous avait appelé pour un signalement. Un homme était enroulé dans une couverture, contre des cartons et des poubelles. En réalité ce n’était plus un homme, c’était un bonhomme… De neige…

En arrivant sur place nous ne l’avions pas trouvé tellement il se fondait dans le décor blanc de la rue.

Les conditions météo sont les pires depuis plusieurs années. La préfecture à donc décidé d’ouvrir en urgence un gymnase d’une capacité d’environ 100 places pour protéger du froid les plus démunis.

Pour tout vous dire, un gymnase est ouvert lorsque la température ressentie atteint les –10°C… Alors pour faire la différence entre – 8° et – 10°… Il faut être très fort … Mais quand on est un sans-abri, on sait parfaitement la faire. A – 8° on dort dehors dans le froid au milieu des cartons faute de place dans les structures d’hébergement d’urgence. A – 10°, on dort au chaud dans un gymnase.

Oui… Je sais…Disons que c’est mieux que rien.

L’Armé du Salut a donc été sollicitée pour gérer ce gymnase. Des bénévoles des soupes de nuit dont je fais partie sont là pour prêter main forte aux travailleurs sociaux engagés pour l’occasion. Nous accueillons les bénéficiaires, les orientons, leur proposons une boisson chaude, un temps d’échange, puis vient le repas qu’il faut servir, et à nouveau un temps plus calme pour discuter avec ceux qui le souhaitent.

Ce qui frappe lorsque l’on rencontre la population d’un gymnase, c’est son extrême diversité. Le gymnase c’est un peu la cour des miracles.

On y trouve des demandeurs d’asile irakiens, afghans, ouzbeks, angolais, zaïrois… Des jeunes en errance avec des chiens que peu de structures accueillent, des toxicomanes ou des personnes atteintes psychiquement, potentiellement violentes et qui ont été exclues de la plupart des structures d’hébergement.

Il y a cet homme habillé en costume, qui porte la cravate et possède dans sa sacoche un ordinateur portable. Il arrive de Paris et n’a pas d’endroit où dormir.

Une vieille dame de 75 ans est là avec son fils. Sa fille vient de leur demander de quitter immédiatement son appartement où elle les hébergeait.

Il y a aussi de nombreux hommes seuls qui n’ont rien en apparence de SDF et qui pourtant le sont bien. La plupart sont tombés dans la rue suite à une rupture conjugale. Et puis cette famille de Roms avec leurs enfants de 3 et 5 ans et dont la très jeune maman est enceinte. Ils ont été expulsés de leur squat le matin même par la police.

Une soirée mouvementée

C’est le début de la soirée. 2 polonais qui paraissent un peu éméchés sont sur leur lit, assis et discutent. Un peu plus loin, un groupe de 4 roumains discute aussi.

D’autres bénéficiaires se reposent, un autre discute avec le travailleur social qui lui sert un café, tout semble calme.

Soudain, on entend un éclat de voix. Le ton se met à monter entre un polonais et un roumain qui s’invectivent dans un mélange d’espagnol, d’italien et de français.

L’agent de sécurité s’approche du groupe de roumains et un jeune homme d’une vingtaine d’années que je vois régulièrement aux soupes de nuit, Piotr, se lève et lui montre un bouchon de bouteille. Puis il se rend vers la poubelle et lui montre le propriétaire du bouchon : une bouteille de whisky totalement vide.

Je crois comprendre que les roumains se plaignent des polonais qui auraient jeté le bouchon dans leur direction. Les polonais eux, se plaignent des roumains qui les auraient provoqués en rigolant et les montrant du doigt… (Quelle histoire, n’est ce pas ?…Parfois, certaines choses me dépassent, mais bon… Tout ça pour ça.)

Malgré l’intervention de l’agent de sécurité, le ton continue à monter et tout le monde se donne rendez-vous dehors, devant le gymnase.

Le plus costaud des polonais, apostrophe violemment le jeune roumain qui a montré la bouteille et le bouchon à l’agent de sécurité. On peut vite se rendre compte, même sans comprendre les langues dans lesquelles il parle que le solide gaillard n’a qu’une envie, le corriger et lui donner une bonne leçon.

Le jeune roumain, Piotr, d’habitude si jovial voire parfois provocateur se fait maintenant tout petit et on voit bien qu’il n’est pas très rassuré. Il est clair qu’un combat serait inégal et tous les deux le savent bien. Heureusement, ses compagnons d’infortune ne le lâchent pas et l’accompagnent dehors.

Tout le monde se retrouve donc devant le gymnase où le ton continue à monter.

Le grand costaud polonais continue de s’en prendre de plus belle à Piotr. Il ne cesse de lui répéter que s’il est un homme, il doit venir s’expliquer avec lui seul à seul.

Des empoignades commencent et l’agent de sécurité appelle la police.

Dans sa colère le polonais lâche quelques mots en espagnol. Je comprends alors que le dialogue impossible que tous les médiateurs essayaient d’instaurer sans succès en raison du barrage de la langue devenait possible.

Je m’adresse à lui en espagnol en le prenant fermement par le bras et, coup de chance, il me suit… Je lui demande alors ce qui ne va pas et pourquoi on en est arrivé là.

- « Il nous a provoqué, c’est lui qui a commencé, je veux juste parler avec lui, d’homme à homme.»
- « Parler ? »
- « Oui, oui, juste parler, un contre un… »

Je comprends parfaitement qu’il se fiche bien de lui parler et qu’il veut simplement lui refaire le portait.

Il m’explique qu’il est polonais, qu’il n’aime pas les roumains et qu’ils en profitent parce qu’ils sont 4 alors qu’eux ne sont que 2.

Je lui répond alors qu’au gymnase il n’y a ni polonais ni roumains, mais seulement des personnes qui peuvent passer la nuit au chaud au lieu de rester dehors sous la neige. Je lui demande de considérer le gymnase comme la Suisse, une sorte de territoire neutre et de faire abstraction des nationalités de chacun.

Il n’a pas l’air d’apprécier ma conception de la géopolitique appliquée au gymnase.

- « Un homme doit avoir du courage et se battre, sinon, ce n’est pas un homme. »

Je lui réponds que nous ne sommes plus au far-west et que les conflits ne se règlent plus en duel au révolver.

Il me répond que c’est comme ça, qu’il est polonais, qu’il est fier, qu’il ne se laissera jamais faire et qu’il est suffisamment fort pour se faire respecter.

Alors je décide de changer de terrain. En le regardant droit dans les yeux, je lui dis :

- « Des hommes forts avec leurs bras il en a toujours eu et il y en aura toujours. Des hommes forts avec leur cœur, c’est une race en voie d’extinction. Elle est pourtant là, la véritable force. Sois donc fort avec ton cœur et non avec tes bras»

Il me regarde bizarrement, l’air étonné, puis me sourit. Il me montre la croix qu’il porte autour du cou et met la main sur son cœur. Il est devenu calme, agréable presque. Il me promet de revenir pour approfondir la discussion et s’en va sans rien demander.

Soulagé car tout c’est finalement bien fini, je retourne dans le gymnase reprendre ma place. Je suis assis derrière une table pour accueillir les bénéficiaires envoyés par le travailleur social, m’assurer de leur présence ou non la nuit précédente et leur donner un lit le cas échéant.

Alors que je recompte le nombre de personnes présentes, je vois rentrer un homme d’environ 1 mètre 90, les cheveux très courts, mal rasé, il porte un jean déchiré, un blouson, sa chemise sort de son pantalon.
Je m’apprête à lui demander son nom pour vérifier s’il est sur la liste. Je sais déjà qu’il n’a pas passé la nuit ici la veille, car on n’oublie pas ce genre de colosse.

En me regardant, il s’approche vers moi, rentre sa chemise dans son pantalon et là…
Je vois très distinctement un revolver qu’il porte à la ceinture. Derrière lui, 4 hommes en jean et en blouson apparaissent.

J’avale ma salive et je me dis qu’il est peut-être temps de réciter une prière, au cas où… Je renonce à lui demander son nom pour lui proposer un lit.

Il me regarde et me dit avec un grand sourire :
- « Bonsoir, c’est la Bac, on nous a appelé »
(Brigade anti-criminalité de la police)

Je me remets à respirer normalement…

L’agent de sécurité s’approche pour lui expliquer la situation. Les 2 présumés principaux fauteurs de trouble n’étant plus là, les policiers repartent, non sans avoir fait forte impression à tous les occupants du gymnase.

Du coup, tout le monde a été très calme jusqu’au coucher.

Personne n’est à l’abri

La saison 2008-2009 avait bien mal commencé. Après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers en septembre 2008, on nous annonçait une année catastrophique, à mon avis, au moins autant pour nous préparer aux mesures qui allaient être prises qu’à la réalité que nous allions rencontrer. De 50 repas en novembre 2007, nous sommes passés à une centaine en novembre 2008.

Nous attendions tous avec un sentiment mêlé d’inquiétude et d’enthousiasme le début de cette saison. Inquiétude parce que les chiffres augmentent constamment chaque année, enthousiasme parce que 7 mois et demi sans soupes de nuit à Lyon, c’est long et tout le monde est heureux de reprendre le service.

Ce qui est frappant cette année, c’est de voir le nombre croissant de bénéficiaires qui viennent pour la première fois. Ils sont faciles à repérer, même pour quelqu’un qui n’a jamais servi les soupes.
Nos « primo- arrivants » sont très discrets, ils n’osent souvent rien demander et ils ont du mal à s’approcher. Parfois, si on ne va pas vers eux, ils peuvent rester dans un coin et ne rien prendre, n’arrivant pas à surmonter leur gêne.

Christian :

Un soir, alors que nous sommes en train de ranger pour partir, un homme s’approche. La cinquantaine, il est habillé très correctement et rien ne laisse supposer qu’il est dans une situation précaire.

« Bonsoir Monsieur, vous désirez une soupe ? »

« Oui, je veux bien, merci »

L’homme boit sa soupe chaude avec plaisir. C’est vrai qu’avec le froid qu’il fait en ce moment, c’est un plat appréciable.

« Auriez-vous quelque chose à manger ? » nous demande-t-il

« Non, désolé, lui répond la chef d’équipe, nous avons donné le dernier colis tout à l’heure. »

Alors Odile, une habituée à qui nous avions donné le dernier colis pensant que nous n’aurions plus personne, fouille dans son sac et sort le précieux repas. Elle le lui tend avec un grand sourire.

L’homme lui sourit et la remercie.

Je m’approche pour lui expliquer notre fonctionnement et nos horaires. Je lui dis qu’il est préférable de passer un peu plus tôt afin de pouvoir obtenir un colis.
Je lui demande ensuite comment il nous a connu et s’il a besoin de quelque chose d’autre.

Alors, Christian m’explique sa situation :

« Je suis chef de chantier, mais j’ai été licencié par ma boîte parce qu’il n’y avait plus de travail. Je suis venu sur Lyon pensant y avoir quelques amis, mais personne ne veut m’aider.
Voilà une semaine que je dors dans ma voiture. C’est la seule chose qu’il me reste. »

Sans parents ni amis, sans possibilité de trouver un logement parce qu’il n’a pas de garant, Christian est bel et bien passé de l’autre côté du jour au lendemain.

Nous lui indiquons les accueils de jour, qu’il connaît déjà, les endroits pour se laver ou se restaurer et nous évoquons le 115, mais très rapidement parce que depuis le début de l’hiver, le service est complètement dépassé et n’arrive pas à répondre à toutes les demandes d’hébergement qui lui sont faites.

Aurélie:

Alors que la distribution est en cours, je vois passer une femme grande, élégante, dans un manteau clair. J’ai d’abord cru qu’elle allait prendre son bus et je n’y accorde pas plus d’attention. 15 minutes plus tard je remarque que cette femme est toujours là. Elle se tient légèrement en retrait par rapport aux habitués regroupés autour des tables.

On dirait une rose au milieu d’un champ de blé. Elle se tient bien droite, la tête haute. Elle observe attentivement la distribution et rien ne laisse penser qu’elle est là pour les soupes de nuit. C’est vraiment surprenant de la voir là, au milieu des sans abri et des précaires.

Discrètement, une fois que tout le monde est servi, elle s’avance vers nous et demande si nous pouvons lui donner quelques morceaux de pain pour ses enfants.

La bénévole à qui elle s’est adressée et moi – même restons un instant sans réaction. Alors que nous donnons des centaines de repas par mois, alors que nous savons exactement ce que nous devons faire et à quel moment… Pendant une fraction de seconde, nous sommes restés tous les deux sans réaction.

Une fois la surprise passée, nous réagissons en lui proposant un colis et une soupe qu’elle refuse, en plus de morceaux de pain que nous mettons dans un sac.
Les mains de la bénévole tremblent légèrement et ses gestes sont maladroits.

Puis la femme nous remercie et s’en va, discrètement, comme elle était arrivée. Elle ne voulait rien d’autre que du pain. Nous n’avons pas osé lui poser de question.

Lors de la distribution suivante, elle est revenue.
Elle est toujours aussi discrète, en retrait, semblant attendre que tout le monde soit servi. Nous échangeons un sourire et je me dirige vers elle. Je me présente et je lui demande si elle souhaite un colis en plus des morceaux de pain.

« Bonjour, moi, c’est Aurélie. Je ne veux pas prendre la part des autres qui sont en plus grande difficulté que moi » me répond-elle.

Je lui réponds que nous en avons assez pour tout le monde et qu’elle ne privera personne.

Elle me sourit et m’explique sa situation :

« J’étais assistante de Direction et je gagnais 1 600 € par mois. Un beau jour, j’ai appris que j’étais licenciée pour motif économique. Bien sur, je n’ai pas voulu attendre à rien faire et j’ai trouvé un travail à 900 € par mois. A peu près au même moment mon mari a également été licencié. Nous avons 2 enfants en bas âge et nous sommes donc 4 à vivre sur mon salaire. »

Comment arrivez-vous à vous en sortir ?

« Pas très bien. Rien que pour les couches, je dépense 100 € par mois. Une fois le loyer payé, il reste 200 € pour vivre à 4.

Nous avons décidé de chercher un appartement plus petit, mais c’est très difficile.
Mes enfants mangent des pates tous les jours, mais sans beurre. Alors même le pain est cher pour nous et je suis contente que vous m’en donniez. »

On peut entendre son combat dans sa voix, le lire dans ses yeux et sa façon de se tenir. Elle se bat, ça se voit et ça s’entend. Sa voix est douce mais déterminée. Son regard brillant traduit sa volonté de s’en sortir et l’espoir de jours meilleurs.

Aurélie me dit que ses enfants l’attendent pour manger. Il est 20 heures 45, l’heure de partir pour nous aussi.

Et des centaines de milliers d’autres :

Un chef de chantier qui dort dans sa voiture, le seul bien qui lui reste. Une assistante de direction licenciée qui se retrouve avec 900 € par mois pour faire vivre sa famille. Ces cas se multiplient, nous le constatons tous les soirs. Alors que nous servions une centaine de repas l’année dernière, nous servons régulièrement 120 à 150 repas cette année. Tous les records sont battus.

D’autres records aussi sont battus…

Fin 2009, plus de 4 millions de personnes étaient inscrites au Pôle emploi… 4 millions de personnes en France sont au chômage où ont une activité réduite. Sur un an, ce sont environ 600 000 personnes de plus qui sont tombées dans la précarité. En 2010, 1 million de demandeurs d’emploi arriveront en fin de droit et perdront leurs allocations chômage.

Tout le monde ou presque connaît dans son entourage des personnes qui sont au chômage, qui viennent de se faire licencier ou qui n’arrivent pas à trouver du travail. Le chômage, la précarité et la pauvreté augmentent à une vitesse inquiétante, poussant un nombre de plus en plus important de personnes à se retrouver aux soupes de nuit. Nous essayons d’y faire face tant bien que mal, mais c’est de plus en plus dur car on se rend compte que personne n’est à l’abri.

Paris : 3 hommes, 3 histoires, 1 seule et même question

Après notre marathon : presque 500 personnes servies en une heure, nous nettoyons le site. Tiens, nettoyer le site… Ca me rappelle quelque chose…

Je remarque un homme qui ramasse les poubelles, aide à ranger les barrières. Au début, je l’ai pris pour un bénévole. C’est en fait un bénéficiaire. Je m’approche de lui, nos regards se croisent, nous échangeons un sourire et je me présente. Il s’appelle Mohamed, il est afghan et ne parle pas français.
Nous commençons à communiquer avec un peu d’anglais et beaucoup de signes. Devant la difficulté à se comprendre, je cherche un homme capable de traduire. Nous reprenons notre discussion.

Ce qui frappe tout d’abord chez Mohamed, c’est son visage et aussi son cou qui portent des traces de brûlures très importantes.

Mais plus encore, ses mains… Je n’oublierai jamais ses mains.

Ses doigts ne comportent pas 3 phalanges comme vous ou moi, mais seulement 2, comme si tous ses doigts avaient été coupés.

On nous parle souvent de la guerre et de la souffrance, mais on n’imagine pas bien ce que cela représente. Là, j’avais devant moi un homme qui avait subi la guerre jusqu’au plus profond de sa chair et dont les traces de la souffrance étaient imprimées sur son corps de manière indélébile.

Il y a environ 25 ans, son village a été bombardé par des avions soviétiques. Sa maison détruite sous les bombes, il était le seul rescapé. Il a vu sa famille entière mourir sous ses yeux. Les bombes lui ont brûlé le visage, le corps et les doigts. Son histoire est dure, brutale, comme la guerre… Et comme sa situation aujourd’hui. Mohamed est en France depuis quelques jours. Il dort dehors et son principal repas c’est ici, avec l’Armée du Salut.

Je suis choqué par son histoire, ses blessures qu’il me montre et sa souffrance alors je lui demande ce qu’il pense de sa situation et s’il a été bien accueilli en France.

« Dans mon pays, les talibans coupent les oreilles de ceux qui votent. Ils viennent nous emmener de force pour se battre. Des bombes continuent de détruire nos maisons. Des soldats étrangers sont là soit disant pour nous délivrer…

C’est une situation insupportable alors beaucoup d’entre nous fuient et quand nous arrivons en France… La seule réponse, c’est… Retournez dans votre pays… Qu’est ce que vous voulez que je pense de l’accueil de la France ? D’un côté on nous dit que les démocraties occidentales vont se battre en Afghanistan pour sauver le monde du terrorisme et nous, quand on fuit le terrorisme on nous dit de retourner chez nous… Alors, moi, je n’ai qu’une question : expliquez-moi, s’il vous plaît »

Je reste sans voix… Je me dis que parfois, on ferait mieux de ne pas poser de question… Que voulez-vous que je réponde ? Je trouve moi aussi que sa question est légitime.

Notre discussion intéresse d’autres personnes. Un jeune homme s’approche. Il est grand, bien habillé. Lui parle anglais. Bonjour, je m’appelle Ahmed. Je suis d’accord avec lui, on joue avec nous. Je vais vous raconter mon histoire.

Ahmed est un iranien âgé de 25 ans. Après un voyage dans le compartiment moteur d’un autocar qui a duré une vingtaine d’heures avec seulement une bouteille d’eau, il est arrivé je ne sais comment en Angleterre. Là-bas, explique-t-il dans un très bon anglais, il trouve rapidement un travail, il loue un appartement et réussi même à s’acheter une voiture. Un jour, lors d’un contrôle d’identité, il se voit notifier un arrêté de reconduite en France. On lui signifie en effet que ses empreintes ont été retrouvées en France et donc que c’est dans ce pays qu’il doit formuler sa demande d’asile politique.

Il est renvoyé en France et du jour au lendemain sa vie bascule :

« Alors que j’avais réussi à tout reconstruire et que je vivais par mes propres moyens de manière honnête, j’ai tout perdu : mon travail, mon appartement, ma voiture… Je me suis retrouvé en France sans rien. Je mange grâce à l’Armée du Salut, je dors dehors dans un square bondé d’iraniens, d’afghans et d’irakiens. Personne ne m’a jamais rien demandé, sauf mes papiers. On ne m’a jamais demandé mon histoire, on ne m’a jamais dit où je devais aller, à qui m’adresser, ce que je devais faire.
De temps en temps, avec beaucoup de chance, j’arrive à passer quelques nuits dans un foyer où je peux me laver. Alors que dois-je faire ? Je ne comprends rien. Pouvez-vous m’expliquer pourquoi on est traités comme ça ? »

L’homme fait un grand geste de la main, d’un air désabusé et s’en va. Il fait partie aujourd’hui de ses nombreuses personnes qui dorment dehors. Il a tout perdu. Son logement, son travail, sa voiture, toute une vie qu’il avait réussi à reconstruire. Aujourd’hui Ahmed est SDF à Paris, demandeur d’asile.

Alors que je m’apprête à prendre le métro, un homme que j’avais servi s’approche de moi.
Lorsque nos regards se croisent, je sais que nous allons nous parler. Une chance, il parle anglais. Après une rapide présentation, il me demande de l’aider…

Mohand est irakien. Je lui donne une cinquantaine d’années. Son visage est souriant, il tient serré contre lui une sacoche qui semble contenir un trésor. Il m’explique qu’il est parti de son pays car il se sent en danger. Il me montre fièrement une attestation d’une entreprise américaine qui l’a employé comme ingénieur en électronique. Ce papier ressemble plus à un arrêt de mort qu’à un sauve-conduit quand on sait comment sont considérés ceux qui ont travaillé pour les américains là-bas.
Il a donc préféré fuir l’Irak après avoir reçu des menaces de mort.
Il se remet à fouiller dans ses papiers et me montre fièrement une attestation de l’UNHCR : le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unis à Genève.
Je lis attentivement. Pour les Nations Unies, il est un réfugié politique. Ce papier officiel l’atteste.

Je me demande alors quel est le problème….

Le problème arrive dans la foulée. Une attestation de l’OFPRA qui date de quelques jours seulement: l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides. Avec un nom pareil et une attestation des Nations-Unies… Il ne devrait pas y avoir de problème…
Et bien si… « Nous avons le regret de vous faire savoir que nous refusons votre demande d’asile politique en France… »

Réfugié politique pour les Nations Unies, on peut néanmoins être indésirable en France.

Son sourire s’efface brusquement et je vois des larmes monter dans ses yeux…

« Pourquoi ? Pourquoi ? Mon pays est en guerre, occupé par des troupes étrangères, tous les jours des attentats font des dizaines de morts. Tous les jours ou presque les journaux décrivent une situation catastrophique…
L’ONU reconnaît mon statut de réfugié politique… Et en France, patrie des droits de l’homme, on me dit que je n’ai qu’à retourner là-bas où je suis en danger de mort…

Expliquez-moi, monsieur, s’il vous plait… Pourquoi ?»

Après un long silence, je n’ai pas su quoi lui répondre.
Je lui ai dit que tout cela, c’était de la politique, que ça me dépassait et que moi, je n’étais qu’un bénévole dans une association qui ne faisait pas de politique.

Néanmoins, j’ai éprouvé un grand sentiment de tristesse et de honte. Ces 3 hommes ont en commun d’avoir vécu de grandes souffrances ou sont en danger de mort dans leur pays. Personne ne leur parle et personne ne les écoute. Ils sont aujourd’hui déracinés, isolés et quand l’un d’entre eux arrive à s’en sortir, on lui replonge la tête sous l’eau.

Alors si quelqu’un peut m’expliquer pourquoi ces hommes sont traités ainsi, cela m’intéresse.
Peut-être aurais-je l’air moins bête la prochaine fois et saurais-je quoi répondre.

De mon côté j’ai cherché des réponses.

J’en ai trouvé une qui s’appelle « Laisserons-nous à notre table »…
Laisserons à notre table un peu de place à l’étranger ? Trouvera-t-il quand il viendra un peu de pain et d’amitié ? … Trouvera-t-il des mains tendues pour l’inviter ?… Trouvera-t-il des cœurs de pauvres et d’affamés ?…

J’en ai trouvé une autre chez Brassens avec sa chanson pour l’Auvergnat. Ecoutez, vous verrez .
Tiens, l’Auvergnat, ça me rappelle quelque chose…

Pris au mot

De passage à Paris pour une réunion au siège de l’Armée du Salut, j’ai eu la chance de participer aux soupes de nuit. En fait, il ne s’agit plus exactement de soupes de nuit car maintenant, c’est un repas chaud à consommer sur place qui est servi aux bénéficiaires.

J’arrive sur le site un peu en avance, quai Jemappes, vers 18h30, craignant de ne pas trouver le bon endroit. Très rapidement mes craintes se dissipent quand je vois plus d’une centaine de personnes qui se massent le long de barrières métalliques. Quelques bénévoles de l’Armée du Salut sont déjà là ainsi que les hommes chargés d’assurer la sécurité.

La foule grossit à vue d’œil.

Après une rapide présentation, tout le monde s’active conformément aux consignes du coordinateur. Nous mettons en place les tables, les parasols pour se protéger de la pluie… Et oui, ça peut aussi servir de parapluie un parasol… Nous installons le coin café, l’eau, le pain…

« Jean-Philippe, tu seras aux entrées » me dit le coordinateur.

Ne connaissant encore pas bien l’organisation, j’ai d’abord pensé que mon rôle consistait à filtrer les entrées avec les agents de sécurité…

Plusieurs agents s’occupent en effet de canaliser les personnes qui se bousculent pour venir prendre leur repas et les font passer par groupes de 5 ou 10 personnes. Sans ces professionnels de la sécurité chargés du filtrage, la distribution alimentaire serait tout simplement impossible à organiser tellement les bénéficiaires sont nombreux et pour certains impatients.

Non, en fait les entrées dont je dois m’occuper sont plus simplement des carottes râpées que je dois distribuer, en même temps que des petits kits contenant des couverts en plastique et une serviette en papier.

Une fois que tout est mis en place : le matériel, les aliments, chaque bénévole à sa place, le coordinateur donne le feu vert aux agents de sécurité qui ouvrent les barrières au compte-gouttes.

Comme lors d’un naufrage… Les femmes et les enfants d’abord…

C’est assez impressionnant de voir tous ces hommes affamés s’effacer pour laisser passer les femmes et les enfants. Deux bambins d’une dizaine d’années se présentent ainsi qu’une vingtaine de femmes.

Je distribue les entrées : un bol de carottes râpées donc, avec un kit de couverts, en me dépêchant car le flux est continu et important. Les bénéficiaires passent ensuite à la table suivante où on leur sert du poulet et des légumes dans une assiette en carton, puis à la table suivante où ils reçoivent une bouteille d’eau, du pain. Ils terminent par une dernière table où on leur sert du thé ou du café.

La cadence est extrêmement soutenue.

Je pense que je ressemble à Chaplin dans les temps modernes. Quand la fréquence augmente et qu’il rate un boulon, puis deux puis trois, il doit remonter en urgence toute la chaîne en donnant des coups de poignets frénétiques… Quand le flux est plus important que ma vitesse de distribution, je rattrape le retard en donnant à la chaîne et en remontant la file de bénéficiaires : bonjour, bon appétit, bonjour, bon appétit, bonjour, bon appétit…

Les quelques instants de répit sont dus à des bénéficiaires, qui, se croyant malins, passent par derrière pour éviter de faire la queue…

Du coup, les agents de sécurité arrêtent de faire passer les bénéficiaires, sermonnent le resquilleur et lui demandent de se remettre dans la queue comme tout le monde… Ce qui nous laisse quelques secondes pour respirer…

Alors que la plupart des resquilleurs qui se sont fait prendre acceptent de bonne (ou de mauvaise) grâce de prendre place dans la queue, un homme d’une trentaine d’années, plutôt vigoureux, n’hésite pas à s’exprimer à très haute voix. Il refuse de se mettre dans la queue et défie l’agent de sécurité : « Je ne bougerai pas d’ici, wa’Allah… ». Il s’assoit sur un banc, dans le périmètre où nous distribuons la nourriture.

L’homme continue à crier à l’agent de sécurité: « Pour qui tu te prends d’abord ? Tu crois que c’est toi qui décides ? Tu ne décides rien parce que tu n’es rien… C’est Dieu qui décide de me donner à manger ou non… Ce n’est pas toi, c’est Dieu qui décide… »
Puis fusent les insultes et les menaces…

L’homme mettra une quinzaine de minutes à se calmer et à intégrer la queue, comprenant que cette fois ci, il ne pourra pas prendre la place des autres qui attendent pour certains depuis plus d’une heure…

Après cet épisode mouvementé, la distribution qui s’était arrêtée reprend… Au bout d’environ 45 minutes de distribution, je me trouve à court d’entrées. Je continue néanmoins à distribuer des couverts et des serviettes car il reste encore de quoi servir quelques plats chauds, mais plus beaucoup.

Nous avons déjà servi plus de 400 repas, mais il reste encore des bénéficiaires et nous n’aurons sûrement pas de quoi servir tout le monde.

Au moment où je tends les couverts à une personne, j’entends la voix du coordinateur, forte et déterminée : « C’est terminé, nous n’avons plus rien à distribuer, on arrête »

Je suis désolé pour la dernière personne, celle qui aurait pu prendre un repas si elle avait été juste une place devant, celle qui va rater un repas pour quelques secondes…

Je me prépare à lui présenter mes excuses. Je lève les yeux…

Et là, je crois rêver. Devinez qui est là, debout, en face de moi ?

C’est l’homme qui avait tenté de tricher et qui refusait de faire la queue. Je l’entends encore crier haut et fort que seul Dieu décidait ou non de lui donner à manger.
Je reste sans voix…

Je ne sais pas si cet homme pensait réellement ce qu’il disait à propos de Dieu… En tout cas, il est devenu rouge de colère. Il a insulté tout le monde, renversé l’assiette de son voisin, menacé les bénévoles et il est parti fou de rage.

Je ne peux m’empêcher de penser que si cet homme avait intégré la queue quand l’agent de sécurité lui avait demandé, il aurait certainement été servi.

Quoique…

Dieu seul le sait…

Une bénévole inattendue

Un soir de tournée, nous avons eu une bénévole un peu spéciale. On nous a annoncé qu’une conseillère municipale souhaitait participer aux Soupes de Nuit pour voir, « de l’intérieur », notre activité et les publics que nous touchons. Cette démarche est peu courante car cette personne aurait pu se contenter d’une présentation orale de nos activités et d’un rapport concernant nos publics. Non, elle a voulu se rendre compte par elle-même.

On lui demande de s’occuper des gens défavorisés, elle veut voir comment vit ce public, qui ils sont, avant de prendre des décisions.

Vous imaginez un Ministre de l’Intérieur, qui viendrait passer une nuit en Centre de Rétention Administratif pour se rendre compte des conditions de vie et des besoins de ses occupants ?
Il est difficile d’être plus concret, pragmatique et courageux. Et après une telle expérience, on mesure certainement mieux la portée de ses décisions.

Nos bénéficiaires n’y ont vu que de feu…
Pour eux, il s’agissait d’une nouvelle bénévole, grande, élégante et serviable.
Mais pour ceux qui savaient, on pouvait voir une certaine conception de l’action politique.

Comme s’ils s’étaient donné le mot, les bénéficiaires sont venus encore plus nombreux que d’habitude. Il est vrai que la relative clémence des températures incitait plus à sortir dehors ce soir là. Le coup de feu étant passé, nous sommes allés dans la gare à la rencontre de personnes dont l’état physique ne leur permet pas de venir jusqu’à nous…

Nous sommes tombés sur Alejandro, un espagnol ne parlant pas bien le français et qui ne connaissait pas les Soupes de Nuit. Après lui avoir donné un colis et expliqué que nous étions là tous les soirs, nous avons appelé le 115 car il souhaitait savoir s’il restait des places au chaud quelque part.
Coup de chance… Des places sont disponibles… Son nom est donné et il faut maintenant lui expliquer où se trouve le foyer.

J’avais bien un stylo, mais pas de papier. Mon équipier prestigieux lui, au plutôt elle, ne possédait que des papiers plus ou moins officiels… Mais c’était pour la bonne cause, alors Madame l’élue, sans hésiter, a déchiré un bout d’un courrier afin que je puisse noter les explications.
C’était très symbolique… Le politique qui travaille main dans la main avec l’associatif pour trouver un abri a quelqu’un qui dort dehors. Bien sur cela se fait régulièrement dans des réunions, des commissions, des colloques… Mais quand c’est sur le terrain, ça prend tout de suite une autre dimension parce qu’on voit concrètement les fruits du travail accomplit.

Quelques jours plus tard, j’ai demandé à notre bénévole inattendue ce qu’elle pensait de cette soirée et ce que cela lui avait apporté. Voici son témoignage :

« Tout d’abord vous remercier de votre accueil au sein de votre association. Vos explications m’ont tout de suite fait comprendre la démarche des bénévoles étonnés peut être de me voir arriver. Chacun sa vie, chacun son engagement, un échange amical de prénom et un départ vers des lieux bien identifiés.

En premier la Part Dieu avec une bonne organisation face à un public très divers : tous les âges, chômeurs, retraités, Sdf, hommes et femmes.

On voit des habitués, d’autre moins connus mais pour chacun : un contact, un regard, un sourire, une patience pour donner un bol de soupe.

On répond à des attentes ; on distribue un petit complément de nourriture pour tenir ; on annonce la venue de la Croix Rouge pour les soins et de Vestibus pour les vêtements. Puis départ vers Perrache où l’on retrouve les mêmes publics et là beaucoup de jeunes. On répond à tous de la même manière, à celui qui ne parle pas, à celui qui en veut plus…
Et pour finir des questions :

- Comment faire au-delà de toutes ces actions sur le terrain pour comprendre la personne, pour l’aider dans son chemin de vie, pour améliorer sa condition de vie ?
- A quel moment y a-t-il eu une rupture dans sa vie pour qu’il se retrouve à la rue ?
- Vers quelles aides doit-on s’orienter afin de répondre à sa demande ?
- Comment arriver à assurer un suivi individuel et personnel pour donner une vraie réponse sociale ?

Pour certains c’est un choix pour d’autres une fatalité mais pour tous c’est une souffrance et une désespérance, comme celui que l’on retrouve assis par terre vers le TRAM qui ne peut pas se relever, qui pleure et qui dit qu’il n’en peut plus… »

Si un jour je dis aux gars que c’est la conseillère municipale chargée des déplacements et de la tranquillité publique qui les a servi … Ils ne me croiront pas. Une fois l’étonnement passé, cela leur réchauffera le cœur de savoir que certains politiques s’intéressent aussi à leurs conditions de vie.

Si l’aventure tente d’autres personnes, élus ou non, vous êtes les bienvenus…

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