“Magnifique, comment allez-vous ?”

Dieu, Franck de son prénom. Ce doux-dingue se fait appeler Dieu sans complexes aucuns. Un carnet (il m’autorise à le photographier) qu’il conserve sur lui indique que son patronyme serait Descombe. Son prénom est peut-être aussi le bon, personne ne le sait. Et personne ne s’en soucie. Car il fait partie des malades mentaux que les hôpitaux psychiatriques, aux moyens de plus en plus réduits, sont contraints de livrer à eux-mêmes hors de leurs murs. En clair, les malades inoffensifs sont virés par mesures d’économies. Ce qui m étonne le plus dans le cas de Franck est comment, malgré la gravité de son délire, lui reste t-il une parcelle de lucidité, afin de penser à se nourrir, ou ne serait-ce qu’être à l’heure pour les repas de rue. Or il est là tous les jours.

Son beau visage à barbe et coiffure bibliques, allié à une expression de bienveillance, trompent ses interlocuteurs quelques instants. Très souriant, il ponctue ses phrases de « magnifique, tout à fait ». Mais le vertige et… le mal au crâne guettent si l’on poursuit l’écoute. Franck aurait ainsi trois mille épouses, tout comme « les papes et les papesses » qu’il a réussi à convaincre d’adopter la polygamie. Et, par dessus tout, il connaît chacun de nous, logique puisqu’il est notre créateur. Pourvu d’ubiquité et de la capacité à changer de corps (c’est un minimum pour Dieu), un jour il a dû enlever les clous le retenant sur la Croix, pour descendre la rue… et venir à la distribution. C’est un bénéficiaire de la soupe, arborant un tee-shirt de Johnny - « le plus grand ! » - qui me l’a répété.

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