Ce site est géré par la Fondation de l’Armée du Salut. Il permet à quatre bénévoles qui participent régulièrement aux soupes à Lyon, Nice et Paris de partager les moments qu’ils passent auprès des personnes en difficulté. Naturellement, les idées exprimées dans le carnet de bord n'engagent que leurs auteurs.

Michel, 50 ans : une étincelle de vie dans le regard

Michel est bénévole et coordinateur au centre de distribution de repas boulevard Ney. Il a pris la parole lors de la rencontre annuelle des bénévoles. Voici son témoignage:

Cela faisait longtemps que je pensais au bénévolat, sans jamais aller plus loin dans ma démarche; le journal de 20h se charge de vous rappeler toutes les misères du monde, vous culpabilisez, vous trouvez le monde injuste.

J’ai fini par faire le pas, et pour la première fois, pour Noël 2007 j’ai servi à l’Armée du Salut. J’en ai un souvenir merveilleux, inoubliable. Nous devions, à l’arrivée des personnes, les installer de manière à remplir des tables de vingt. La majorité arrivait par groupe, et est arrivé un papi, seul, le visage fermé, qui ne voulait pas s’asseoir aux tables déjà installées; il s’est assis seul à la table que j’avais en charge, table que l’on a du remplir. Il n’a pas dit un mot et il a fallu arriver au fromage pour que son visage commence à s’illuminer, qu’il parle avec ses voisins, qu’il vive pleinement ce moment de partage. J’en étais heureux.

C’est ce que je retrouve Boulevard Ney, des hommes qui arrivaient au début avec la tête basse et après des mois, à force de voir les mêmes bénévoles, prennent des repères, relèvent la tête, sourient, appellent même certains bénévoles par leurs prénoms et s’attardent à discuter un peu.

Et là, même si ce n’est pas grand chose, on est heureux de contribuer au bonheur de la reconstruction, aussi longue soit-elle, d’un être humain.

Cela fait six mois que je sers dans ce centre, je n’ai jamais vu un bénévole regarder sa montre ou être pressé de partir; on se donne le temps de donner, de partager, et finalement de recevoir aussi cette chaleur humaine.

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“Magnifique, comment allez-vous ?”

Dieu, Franck de son prénom. Ce doux-dingue se fait appeler Dieu sans complexes aucuns. Un carnet (il m’autorise à le photographier) qu’il conserve sur lui indique que son patronyme serait Descombe. Son prénom est peut-être aussi le bon, personne ne le sait. Et personne ne s’en soucie. Car il fait partie des malades mentaux que les hôpitaux psychiatriques, aux moyens de plus en plus réduits, sont contraints de livrer à eux-mêmes hors de leurs murs. En clair, les malades inoffensifs sont virés par mesures d’économies. Ce qui m étonne le plus dans le cas de Franck est comment, malgré la gravité de son délire, lui reste t-il une parcelle de lucidité, afin de penser à se nourrir, ou ne serait-ce qu’être à l’heure pour les repas de rue. Or il est là tous les jours.

Son beau visage à barbe et coiffure bibliques, allié à une expression de bienveillance, trompent ses interlocuteurs quelques instants. Très souriant, il ponctue ses phrases de « magnifique, tout à fait ». Mais le vertige et… le mal au crâne guettent si l’on poursuit l’écoute. Franck aurait ainsi trois mille épouses, tout comme « les papes et les papesses » qu’il a réussi à convaincre d’adopter la polygamie. Et, par dessus tout, il connaît chacun de nous, logique puisqu’il est notre créateur. Pourvu d’ubiquité et de la capacité à changer de corps (c’est un minimum pour Dieu), un jour il a dû enlever les clous le retenant sur la Croix, pour descendre la rue… et venir à la distribution. C’est un bénéficiaire de la soupe, arborant un tee-shirt de Johnny - « le plus grand ! » - qui me l’a répété.

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Le Vélo de Micha

Le Vélo de Micha

« Do you have a computer ? For the photos on my phone. » Micha parle un anglais correct, suffisant pour échanger quelques mots sur le trottoir devant le collège où nous servons ce soir. Le pauvre ne peut pas imprimer les images qu’il prend avec son téléphone. Je lui rends le sourire en assurant que c’est possible chez moi. Pour gagner quelque argent, il vend parfois sur les marchés des angelots repeints à la bombe. Améliorer le décor, c’est ce qu’il fait ce soir grâce à son vélo : l’engin est en effet équipé d’une véritable sono portative. Le cornet antique visible sur la photo crache une musique wagnérienne, ajoutant au surréalisme au quotidien des distributions de rue. Les plus jeunes de nos collègues féminines dansent sur les notes, le cercle se forme autour de l’attraction éphémère. La prochaine fois, dans le registre délirant, je parlerai d’ailleurs de « Dieu », Franck de son prénom, doux dingue souriant. Hors de question pour Micha de vendre son vélo malgré les propositions, dans sa situation il faut de la volonté. En plus, sa mascotte est un petit ours métallique fixé sur le cadre. Et l’ours Micha est un des symboles russes.

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Les donateurs

Distribution d’une soupe - copyright Stéphane Lehr 

Hier, j’ai été invité à prendre la parole quelques minutes pour parler des soupes de nuits à des donateurs… 

A cette occasion, j’ai pu voir le film « institutionnel » qui présente l’action de l’Armée du Salut.

Un vieux copain bénévole y prononce une phrase qui a marqué tout l’auditoire… 

« L’altruisme, ce n’est pas une qualité, c’est un engagement » 

La profondeur de cette remarque me laisse encore sans voix (heureusement, il me reste mes doigts pour écrire) 

Hervé, il s’appelle… un type comme ça…  

Pour revenir aux donateurs…  

Et bien, ce fut très intéressant, pour eux comme pour moi…  

Je ne vais pas vous raconter d’histoires, ces gens là ne sont plus tout jeunes… A tel point que je me suis demandé si le donateur n’était pas une espèce en voie de disparition… 

Heureusement ceux qui sont là sont vraiment des gens biens…J’ai découvert des esprits vifs, curieux, attentifs… Ils ont posé des questions sur les publics qu’on rencontrait, sur leur évolution, sur la manière dont ça se passait.

Ils ont montré beaucoup d’intérêt pour les soupes de nuit, à tel point que plusieurs d’entre eux ont même exprimé leur désir de nous rejoindre pour donner la soupe … 

Ce qu’ils font est déjà exceptionnel… C’est aussi grâce à eux que la structure tourne… Si à ma modeste place je peux distribuer des soupes, des colis et des sourires et rendre le quotidien de certains un peu plus supportable,  c’est grâce à l’Armée du Salut et si l’Armée du Salut peut gérer autant de projets, c’est en bonne partie grâce à ses donateurs … CQFD… 

« Quand je donne un colis, c’est vous qui le donnez avec moi… »  Leur ai-je dit 

Alors, Mesdames les donatrices et Messieurs les donateurs, merci beaucoup. Merci pour votre générosité, merci pour votre altruisme, merci d’être là,… tout simplement.

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Les bénévoles du boulevard Ney

(c) Stéphane Lehr - soupe boulevard Ney à Paris 

Voici un petit échantillon des bénévoles du centre de distribution de repas, boulevard Ney:

  • Notre doyenne de 73 ans, Odile, dont la gentillesse et la disponibilité sont sans borne; très à l’écoute des bénévoles comme des personnes accueillies, qui l’appellent affectueusement “mama”.
  • Suivie de près (en âge) par Marie-Thérèse, qui se place toujours au poste d’accueil et de distribution des plateaux; elle nous fait souvent une démonstration de danse africaine entre deux services, c’est notre “Miss”.
  • Il y a aussi notre bénévole TGV, Eric, qui travaille en semaine sur Paris, vient nous aider certains soirs et rentre chez lui à Marseille le week-end; c’est certainement le bénévole qui vient de plus loin!
  • Yannick et Françoise viennent en couple et en uniforme, car ils sont salutistes; eux aussi viennent de loin, de Choisy le Roi, avec 1h30 de transport; ils sont pourtant là très régulièrement, trois fois par semaine, quel courage!
  • Et notre benjamin de 13 ans, Pierre, qui est venu avec ses parents; très avenant et disposé à la discussion, il s’est tout de suite bien intégré et senti à l’aise. Il a un avenir prometteur dans le bénévolat!

Venez nous rejoindre pour apporter vos originalités et vos qualités humaines afin de nous aider à faire tourner et vivre ce lieu d’échange et de convivialité.

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Retrouvailles nuit de la solidarité, à Paris

(c) FADS - Distribution à la Nuit solidaire pour le logement

Nous étions, avec beaucoup d’autres associations, place de la République, le jeudi 21 février au soir, pour la « Nuit de la Solidarité » avec les personnes mal logées ou sans logement.

Sur un podium, des chansons, des discours, beaucoup d’ambiance sur la place, beaucoup de monde ! Et pour nous, beaucoup de sandwichs à distribuer, du thé, du café …

La soirée se prolongeant sur la nuit, il ne nous restait plus que quelques biscuits et surtout du café (le percolateur tournait sans interruption).

Dans toute cette foule, une tête connue s’approche de moi. Je l’avais vu souvent lors de soupes de nuit dans la rue. Nous nous reconnaissons mutuellement, avec surprise :

« Tiens ! Bonjour, ça va ? »

« Ca va bien … et vous ? »

« Ca va … »
Je continue :
« Vous ne me voyez plus au camion des soupes car je suis dans un autre lieu de distribution … »

« Moi, je viens plus beaucoup au camion, … j’ai trouvé du boulot, …. Et je suis dans un foyer …. »

« C’est une bonne nouvelle ça ! … »

Très réservé et très timide, il n’en dira pas plus. Il prend un café, je lui souhaite « bon courage, bonne continuation », et déjà d’autres personnes me sollicitent pour un café.

L’échange fut bref, mais la chaleur est passée ; il était autant ému de m’apprendre cette bonne nouvelle, que moi de l’apprendre.

Ce jeune homme, un temps SDF, a enfin trouvé un foyer, à quand un vrai logement ? Nous étions tous là ce soir, pour le soutenir, lui et des milliers d’autres dans la précarité.

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