Repas de rue sous abri

(c) Mathias Girard - soupe de nuit à Noël 2007 à Nice 

Le ministère français du logement s’était récemment transporté hors-les-murs, de Paris à Lyon. Le 21 décembre dernier à Nice, jour où nous devions assurer notre tournée de repas sur les trottoirs de la ville, les non-bénéficiaires de ce ministère sans grands moyens ont goûté un repas-spectacle. Sous un toit pour changer : au poste de l’Armée du Salut.

Deux services ce soir là, environ deux cents personnes, c’est l’équivalent du nombre servi dehors, du coup il était inutile de sortir le camion. Ils étaient presque tous là ! Ambiance chaleureuse et très émouvante. Trêve de Noël… Un seul incident à déplorer, un gars qui voulait en découdre à l’entrée, couteau et compagnie, mais la parole a suffi à le calmer. Dans sa situation je suis persuadé que je serais sur les nerfs, d’où la compréhension générale. Malgré parfois de l’agacement : nous ne sommes pas des anges… Mais c est un autre débat. Notre combattant a finalement dîné avec tout le monde.

Bonne ambiance donc, une salle pleine à craquer, de jolis décors aux murs, regards reconnaissants parmi les attablés, certains gardant chapeaux, casquettes et anoraks, des collègues salutistes nombreux et attentifs. Je reconnais beaucoup de têtes vues aux soupes de nuit, clin-d’oeils complices échangés, sourires. Mon gros appareil photo passe mieux dans ces conditions (il toujours délicat de photographier les gens dans la mouise) ; les supermarchés Champion ayant financé la soirée, je suis chargé de prendre des images. Il y a aussi des enfants, sur une scène. Eh oui, une estrade comme au cabaret. Les enfants assurent l’animation en vieux routiers du spectacle, ils ont à leur actif plusieurs dates au même endroit. Sous le regard attentif et quelque peu tendu de leurs parents, notamment les responsables ADS locaux, Karen et Joël Etcheverry. Sihl, sept ans, joue d’une trompette aussi grande qu’elle. L’aîné cabotine un peu, il est très à l’aise. Mini reconstitutions bibliques alternent avec du chant. Les choristes parviennent d’ailleurs à émouvoir un couple post-punk dans la salle, le jeune homme a une gigantesque épingle à nourrice dans l’oreille, tandis que sa copine, elle, ne regarde que la scène. « Avec le cœur ! » commente t-elle. Elle a tout dit. Car ce repas, si l’on y réfléchit, rassemble tant de solitudes et de souffrances -jusqu’aux bénévoles, ne l’oublions pas. Et pourtant le besoin de partager sincèrement un peu de gentillesse, de part et d’autre, est bien là. Je ne vais pas vous la faire « plaisir d’offrir, joie de recevoir », halte au gnan-gnan, mais il y a de ça !

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