Street Surrealism

- Mon amie la comtesse doit arriver d’un moment à l’autre.

- Hum, très bien mais je dois y aller, je suis de tournée ce soir.

- Vous savez, j’ai distribué aussi, c’était… euh, Emmaüs, oui c’est ça.

Vernissage dans une galerie des beaux quartiers de Nice. Je viens de sympathiser avec une charmante dame d’un certain âge, typique de la Côte d’Azur, fourrure et compagnie. Après tout les riches ont le droit de vivre aussi. Enfin bref. L’équipe de la soupe de nuit en connaît une autre de « Comtesse », c’est son surnom d’ailleurs, dû à un passé probablement mirifique. Pour l’heure elle habite dans une voiture, sur le parking constituant la dernière étape de nos itinérances nocturnes. Face à l’Intermarché du coin. Poésie urbaine. Au goût de béton armé.

La Comtesse – personne ne connaît son prénom de toutes façons – vit avec Sergio, un habitué du camion et de la bouteille. Il s’illustre à la rubrique faits divers de ce jour dans Nice-Matin. A la fin de la tournée le capitaine Joël nous raconte.

Vous savez, le SDF qui a mis le feu à la devanture d’une bijouterie, de rage qu’on ne lui rende pas sa bague, après entretien ? C’est Sergio !!! Il s’était trompé de magasin, il est allé à celle d’à côté. Pas de bague, je brûle tout.

Le juge, compréhensif, ne l’a condamné qu’à du sursis. Autour de la table chacun est plié en deux.

Ce soir on a envie de se détendre plus que d’habitude. Et puis ce doit être ce René, notre enrobé collègue de tournée zozotant. Il nous provoque aussi, comment résister quand il nous révèle l’existence de son rat de compagnie. Il, enfin, elle, s’appelle Odette.

Elle réclame des careSSes, oui oui, quand elle regarde la télé avec moi, allonzée sur ma zambe. Et puis attention hein, très intellizente.”

Deuxième crise de larmes.

La soirée n’est pas finie. Il reste des stocks de nourritures variées dans nos immenses frigos. A écouler avant la date de péremption, et le départ du « chief » en vacances bien méritées. “Tiens Mathias, un cadeau de pasteur (Joël dirige le culte tous les dimanches).”Je regarde l’étiquette : « Jésus à l’ancienne, Ardèche, fabrication artisanale ». J’écope également d’un saucisson, d’au moins trois kilos, et diverses choses alléchantes. Sans le savoir il m’avait fait un cadeau d’anniversaire plutôt inoubliable.

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