Une soupe de nuit à Lyon (partie 1 - La Part Dieu)

Service de la soupe - (c) Stephane Lehr

La Cité, Jeudi 20 Décembre, 19 heures 

Nous préparons les colis. Un quart de flûte de pain, une conserve de salade, une barre de céréales, un fromage et une banane. La soupe sent bon les légumes. 

Nous travaillons à la chaîne, cela permet d’aller plus vite. Un bénévole coupe du pain, un autre le met dans le sachet, un troisième se charge de mettre les aliments… En 20 minutes, environ 80 colis sont prêts. 

Il ne reste plus qu’à les charger, ainsi que la soupe. Nous sommes en avance sur l’horaire. 

Ce soir est un peu spécial, le foyer à prévu un repas de Noël pour les résidents. Il y a des petits fours pour tout le monde en guise d’apéritif. Le Directeur nous invite à participer à la dégustation avant de partir. Les visages sont souriants, tout le monde semble détendu, ça fait plaisir à voir. 

19h45, nous partons pour La Part-Dieu. Le trajet dure à peine 10 minutes. 

Une vingtaine de personnes nous attendent déjà. 

Parmi eux, Gérard est là. Il est toujours là… Depuis des années… Il nous aide à installer les tréteaux et les tables, comme d’habitude. Il est calme, serviable et semble toujours de bonne humeur.

Il ne vit pas dans la misère, mais ses revenus insuffisants ne lui permettent pas se payer un repas tous les soirs. Alors la soupe de nuit est un moment qui compte. C’est aussi un lieu convivial où il retrouve quelques copains. Des liens se tissent avec le temps et les gens se connaissent et se parlent. 

Après avoir installé les tables, une bénévole se met à la soupe, une autre lui donne les bols et une troisième se charge du service. 2 autres bénévoles se chargent de distribuer les colis. Au début il y a toujours un petit coup de bourre… Tout le monde voudrait être servi en même temps. Ceux qui sont à la soupe n’ont pas le temps de respirer… Heureusement, 10 à 15 minutes plus tard, le rythme se ralentit. 

Tout se passe bien, l’ambiance est calme. Le froid est assez rude. 

J’en profite pour aller discuter un peu avec ceux qui ont fini de manger.

Jean-Paul vient me voir. Il travaille sur les marchés pour un salaire d’environ 300 € par mois. Alors forcément, une fois le loyer payé, même avec l’allocation logement, il ne reste plus grand chose.

La soupe de nuit lui apporte un peu de chaleur, au sens propre comme au sens figuré. Il est heureux de m’annoncer qu’il va passer Noël avec sa famille. Je suis heureux pour lui car pour beaucoup, Noël se passe dans la solitude. 

Nous sommes jeudi et les équipes du Samu Social de la Croix-Rouge ne vont pas tarder. Leur arrivée nous soulage un peu car ceux qui ont fini de manger vont vers eux pour chercher du café et des gâteaux. 

Nous proposons également une soupe aux équipiers qui le souhaitent. Ce soir, j’en connais au moins 2 qui l’apprécient particulièrement… 

Sans vouloir dresser des lauriers aux cuistots de la Cité,  « notre » soupe est très appréciée par tout le monde, les premiers bénéficiaires, bien sur, mais nous aussi, bénévoles. 

C’est l’occasion de discuter un peu avec d’autres volontaires comme nous. Nous touchons les mêmes populations et même si nos approches sont différentes, la bonne communication entre les différents intervenants et un élément important pour tout le monde. 

20h45, nous levons le camp pour Perrache.

_